Facettes

Sur les bancs de l’École Van Cleef & Arpels

C’est un lieu qui enchanterait même ceux que la joaillerie indiffère, qui ravirait les plus cancres d’entre nous : à l’École Van Cleef & Arpels, pas de notes ou de bonnet d’âne, pas de professeur tyrannique ou de cours soporifique. Ici, les maîtres d’école sont des gemmologues, des historiens de l’art ou des « Mains d’or » des ateliers de haute joaillerie de la Maison ; les tables de cours sont des établis de bois pensés pour découvrir comment tailler, polir, sertir ; les élèves apprennent à répéter les gestes des dessinateurs, des sertisseurs, des laqueurs car « la main garde la mémoire » comme on aime à dire entre les murs de cette école cinq étoiles.

Ici, on ne rend pas de copie, on ne distribue pas de bons points mais on parle une langue unique, riche et pluri séculaire : celle des pierres. Ôter à la joaillerie le caractère intimidant qu’on lui prête trop souvent, proposer de parcourir son rôle dans la grande Histoire à travers ses petites anecdotes : voilà le défi que s’est lancé Van Cleef & Arpels en ouvrant son École – se félicitant au passage qu’aucune autre Maison n’y ait pensé avant elle. Depuis le 14 février 2012, à deux pas de la Place Vendôme, c’est alors un lieu hors du temps qui ouvre ses portes à qui veut en connaître davantage sur le savoir-faire joaillier, l’histoire de l’art du bijou ou le monde des pierres. Sous les moulures ivoire de cette école d’un genre unique, on enseigne les gestes experts qui font la renommée de la joaillerie française, on découvre le bijou à travers les époques, on s’imagine au cœur d’un marché aux pierres où rechercher, reconnaître et sélectionner les gemmes requièrent une véritable expertise. « L’École est un projet d’acculturation pour tout le monde, expliquait sa chaleureuse présidente Marie Vallanet-Delhom le jour de ma visite. La démarche est de donner des clés de compréhension de la joaillerie et de l’horlogerie. Ce n’est pas une école de formation. » Au 31, rue Danielle Casanova, on s’adresse donc à tous, connaisseurs ou novices, passionnés ou simples curieux. A condition de débourser une certaine somme, évidemment : 300 euros pour 4 heures d’histoire de l’art du bijou, 600 euros pour 4 heures de savoir-faire et jusqu’à 800 euros pour un cours avec les célèbres « Mains d’or », les experts des ateliers de Haute Joaillerie de la Maison. Mais force est de constater que nombreux sont ceux prêts à payer pour s’offrir une part de rêve : depuis son ouverture, l’École a accueilli 2600 élèves, de 7 à 86 ans et de 33 nationalités différentes. Pour étancher la soif d’apprendre de ces étudiants d’un jour, les 23 professeurs de l’établissement font vivre avec entrain et passion cet « espace particulier d’échange et de transmission » comme le décrit Chloé Jay, Directrice Générale France de Van Cleef & Arpels.

Parmi les 14 cours proposés, c’est à celui de « La fascination du diamant : histoires et légendes » que j’ai pu assister. Aux commandes, un duo de choc : Dominique Dufermont, géologue et gemmologue, expert et acheteur en pierres, érudit et pédagogue, et Gislain Aucremanne, mèche peignée et allure gracieuse, passion communicative et humour qui fait mouche. A eux deux et au cours d’un numéro bien rôdé, ils parviennent à revenir en deux heures sur des siècles de légendes liées au diamant, sur les personnages mythiques associés à cette pierre précieuse, sa signification à travers les âges et les cultures, les mines où la trouver… Grâce à ce binôme exalté et captivant, on apprend alors que jusqu’au XVème siècle, le diamant n’a eu de valeur que par sa dureté et son caractère indestructible (son nom provient du grec « adamas » qui signifie invincible), qu’il n’est alors que l’apanage des hommes et des souverains, et qu’au Moyen-Age, sa valeur en Occident est équivalente à celle des perles ; on découvre également que la première femme célèbre à avoir porté des diamants est Agnès Sorel, parée par son amant le roi Charles VII, et qu’Elizabeth Ière, reine d’Angleterre qui se considérait comme un roi, aimait cette pierre précieuse pour le symbole de pouvoir qu’on lui associait. On s’émerveille aussi devant les plus gros diamants du monde et leur lot d’histoires croustillantes : le diamant De Beers, 234,65 carats au compteur, vendu aux enchères à la fin des années 1980 pour « seulement » 4 millions de dollars à cause de sa couleur jaune à l’époque peu recherchée et appréciée, ou le Cullinan, plus gros diamant brut jamais découvert (3106 carats soit un peu plus de 600 grammes !), ornant aujourd’hui la couronne impériale britannique dans sa taille plus modeste de 317 carats… Enfin, on voyage à travers les mines historiques du diamant : de l’Inde, où la mine de Golconde a vu apparaître les plus beaux diamants du monde, au Brésil où les gisements ont été découverts au XVIIIème siècle ; de l’Afrique du Sud (pays d’origine du Cullinan) à la Russie, en passant par l’Australie et le Canada où les diamants seraient les plus « propres » du monde grâce au gouvernement du pays, hyper strict sur l’écologie et le « code de conduite » à suivre pour l’extraction des pierres.
Difficile de revenir à la réalité après tant d’histoires enchantées. Mais pour continuer à s’émerveiller et en apprendre davantage, on peut toujours visionner les petites vidéos mises en ligne par Van Cleef & Arpels  ici même !

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Notons au passage, la sortie du livre « Van Cleef & Arpels, Un exercice de style » aux éditions Gallimard, dont la riche idée est de donner la parole à des personnalités extérieures au milieu joaillier (danseur, pianiste, écrivain, chef étoilé…) pour définir les valeurs fétiches de la Maison du 22, place Vendôme : l’amour, la chance, la danse, l’élégance…

L’Ecole Van Cleef & Arpels – 31, rue Danielle Casanova – 75001 Paris
01 70 70 36 00 – www.lecolevancleefarpels.com