Facettes

Dear Charlotte par Vanessa Pinoncely

Ils s’appellent Cléopâtre, Néfertiti, Joséphine ou Eugénie, convoquent l’Histoire mais s’adressent à des femmes aux goûts résolument actuels, s’inspirent d’images de magazines mais se portent dans la vraie vie : brillant d’influences multiples, les bijoux de la marque Dear Charlotte étincellent par bien plus que leur or ; ils sont aussi riches de nombreuses émotions, celles de Vanessa Pinoncely, créatrice de la griffe. La fondatrice et designer nous ouvre les portes de son bureau et showroom parisien et répond à nos questions avec une sincérité rare.

Photographie d’ouverture : © Rémy Lidereau pour Mise Au Jour

Quelle est l’histoire de Dear Charlotte ?
Vanessa Pinoncely  : Dear Charlotte a été créée il y a bientôt cinq ans suite à la naissance de ma fille, Charlotte, qui a donné son prénom à la marque. C’est suite à une formation suivie au Vogue Paris sur l’histoire de la joaillerie et ses Maisons les plus anciennes que j’ai eu envie de créer la marque. Nous remettons au goût du jour des bijoux d’inspiration XVIIIè et des pièces vintage.

Comment Dear Charlotte a-t-elle évolué depuis ses débuts ?
V.P. : Dear Charlotte est en constante évolution et nous nous sommes ouverts à d’autres styles de bijoux en créant la ligne « Trésors by » ainsi qu’en signant plusieurs collaborations avec des marques de prêt-à-porter. Nous avons également très vite été associés à l’univers de la beauté où nous avons signé des partenariats pour Mythic Oil de L’Oréal Paris mais aussi Nuxe et Clarins.

Vous avez travaillé chez Vogue Paris. Cela a-t-il facilité ou compliqué certaines choses au moment du lancement de la marque ? Et maintenant ?
V.P. : Le fait d’avoir travaillé chez Vogue Paris m’a tout de suite apporté une forme de crédibilité, une reconnaissance dans mon parcours. D’un point de vue pratique aussi, je savais ce que les rédactrices attendaient, comment réaliser un lookbook, quel type de bijou n’était pas encore vu, les bonnes périodes de communication. Au-delà d’être une créatrice j’avais déjà une dimension globale pour la marque : le fait d’être présent sur tous les canaux tout de suite.

dearcharlottePhotographie : © Rémy Lidereau pour Mise Au Jour

Comment faites-vous connaître la marque ?
V.P. : Nous avons commencé à faire connaître la marque en participant à des salons afin d’être référencés dans les boutiques, puis en communiquant en presse ainsi que sur les réseaux sociaux. Venant de la presse féminine et des médias, nous avons également réalisé plusieurs partenariats avec des groupes de presse.

Pour qui créez-vous ?
V.P. : Au-delà de nos deux collections par an avec une quarantaine de nouvelles références à chaque saison, nous réalisons également les bijoux de Les Petites, Hartford, CdeC (marque pour enfants) et bientôt Maison Ullens. A la demande de certaines marques de beauté nous créons aussi des bijoux sur-mesure comme récemment un collier pomme en filigrane pour le parfum Nina de Nina Ricci.

Comment choisissez-vous les marques avec qui vous collaborez ? Les collaborations sont-elles nécessaires pour se faire connaître ?

V.P. : Je ne choisis pas les marques avec qui je travaille, ce sont avant tout des rencontres déterminantes ou des projets évoqués qui donnent naissance à une collaboration. Si les univers sont cohérents entre les marques et que le travail apporte une nouveauté, on y va sans hésiter.

Qu’expriment vos bijoux ?
V.P. : De la douceur avant tout et une certaine forme de romantisme lié à la couleur de notre or très pâle qui reste discret une fois posé sur la peau.

dearcharlotte-manchette-orPhotographie : © Rémy Lidereau pour Mise Au Jour

« De la douceur avant tout et une certaine forme de romantisme »


Quel est l’esprit de la marque ?

V.P. : Nous avons décliné l’univers de Dear Charlotte en fonction de mes propres goûts à savoir une forme d’évanescence, une jeune fille en fleur qui porte des blouses blanches brodées et des bijoux délicats, une certaine idée de la pureté, c’est très « David Hamiltonien » en fait. Nous avons également inscrit nos bijoux dans un « Way of life » : nous transportons nos clientes dans un quotidien où elles portent aussi bien nos bijoux pour une soirée entre amies, qu’une soirée de gala ou pour leur prochain weekend en amoureux…

Où et comment produisez-vous ? Combien de personnes travaillent actuellement chez Dear Charlotte ?
V.P. : Nous avons deux types de production en fonction des quantités : je travaille étroitement avec un atelier parisien qui me développe des moules suite à mes inspirations ou mes dessins et qui les réalise par la suite, et j’ai également un soudeur dans le Marais et un doreur qui me permettent de développer de plus petites séries à partir d’apprêts et galeries existantes. Nous sommes actuellement cinq personnes à temps plein.

Comment élaborez-vous vos collections ?
V.P. : Mes collections partent toujours d’un thème majeur, souvent lié à une destination qui m’a inspirée ; de là je définis les grandes lignes, les pièces à créer puis nous faisons des recherches et récupérons des détails de bijoux anciens ou je dessine « sommairement » les pièces que j’ai en tête et qu’il faut créer de toute pièce à partir de moules. Au final on arrive très vite à une cinquantaine de références.

Qu’est-ce qui vous inspire ?
V.P. : Je me nourris beaucoup d’images, de photos, j’aime la scénographie de certaines séries mode qui peuvent être le départ d’une collection entière ; ça a encore été le cas avec un shoot dans le Vogue Anglais qui avait pour cadre un vieux château écossais, des robes longues en panne de velours et une forêt vaporeuse et luxuriante. J’ai eu envie de le décliner dans ma collection Automne-Hiver 2014 où j’ai créé des bracelets épées Lancelot, des boucles pommes de pin, des bagues blasons et couronne Edimbourg mais aussi des sautoirs feuilles Brocéliande.

dearcharlotte-moodboardPhotographie : © Rémy Lidereau pour Mise Au Jour

« Je me nourris beaucoup d’images, de photos, j’aime la scénographie de certaines séries mode qui peuvent être le départ d’une collection entière…»

Qu’aimez-vous dans la création ?
V.P. : Le fait de partir de la page blanche et de donner vie à une collection. J’aime surtout la création dans sa globalité, créer le bijou mais aussi lui donner vie en réalisant nos lookbooks portés. C’est avant tout un univers qui me plaît, le bijou est presque un prétexte pour pouvoir le décliner dans un thème bien précis. Il y a également la phase de conception qui est existante avec les évolutions du prototype, le choix des pierres, des matières…

Comment vous démarquez-vous des autres marques de joaillerie ?
V.P. : Je pense que la marque donne une dimension plus réelle, plus quotidienne du bijou. Nous faisons beaucoup de portés, de mise en situation qui suscite directement l’envie d’achat, l’appropriation du bijou pour un instant de vie. Nous avons aussi créé un vrai univers à Dear Charlotte, la personne qui achète nos bijoux à l’impression « d’en faire partie ».

Est-ce un secteur concurrentiel ?
V.P. : C’est l’un des secteurs les plus concurrentiels que je connaisse mais il ne faut surtout pas y penser lorsqu’on se lance sinon on ne fait plus rien. Si vous aimez et croyez en ce que vous faites, ce sera forcément une réussite !

Joséphine, Eugénie, Tudor, Malmaison… les noms de certaines collections font référence à l’Histoire. En quoi celle-ci vous inspire-t-elle ? Comment les bijoux réinterprètent-ils les personnages historiques dont ils portent le nom ?
V.P. : J’ai toujours aimé l’univers feutré des châteaux et me suis pris de passion très jeune pour l’histoire de toutes ces dames du XVIIIè siècle, leurs parures, leurs robes, leurs accessoires si raffinés… Dès que j’ai créé la marque j’avais une idée très définie de ce que je souhaitais réinterpréter et notamment des détails de tiares, de broches ou de colliers ayant appartenu à Joséphine, Eugénie, Marie-Antoinette …

Quel bilan tirez-vous de vos premières années ? Quelles sont vos ambitions, vos objectifs pour 2016 ?
V.P. : Les deux premières années ont été des phases de construction où j’ai beaucoup appris en parlant avec mes fournisseurs, où j’ai également évolué sur la connaissance même du processus de fabrication d’un bijou. Je suis plus à l’aise maintenant. Dear Charlotte est toujours en pleine croissance et de nombreux projets et associations sont encore à venir. Nous allons notamment créer une collection capsule de quatre blouses blanches en dentelle pour le printemps 2016. Nous souhaitons maintenant décliner et élargir l’offre de « l’univers Dear Charlotte ». Nous serons aussi présents début 2016 dans la nouvelle galerie du Château de Versailles avec une sélection de bijoux via la Réunion des Musées Nationaux… Un projet qui me tenait à cœur depuis longtemps.

Vous êtes très présente sur Instagram : les réseaux sociaux sont-ils désormais une composante indispensable pour une marque ?
V.P. : Les réseaux sociaux et plus encore Instagram font partie intégrante de la communication d’une marque. Il faut y être au même titre que la presse écrite ; ça donne une autre dimension, vous êtes plus proches de vos clientes, vous créez un univers à votre marque via vos photos. Grâce à ces réseaux, nous recrutons des boutiques, nous générons du trafic sur notre e-shop, nous gagnons des compétitions pour des appels d’offre… c’est aujourd’hui INDISPENSABLE !

VanessaPinoncely-2Photographie : © Rémy Lidereau pour Mise Au Jour

Qu’est-ce que la joaillerie apporte au quotidien ?
V.P. : Une touche d’éternel…et une élégance rare.

Votre bijou préféré ?
V.P. : Un jonc en or à porter tous les jours, j’aime les « valeurs sûres ». Et une bague dentelle deux ors Buccellati pour le côté romantique.

Que porter pour … un dîner en amoureux ? une soirée entre amies ? Pour le quotidien ?
V.P. : Juste une pièce forte comme la manchette dentelle Inès quand je suis avec mon amoureux, une accumulation de joncs avec différentes pierres de couleurs pour une soirée entre copines et une paire de mini créoles torsadées pour tous les jours.

Quel est votre premier souvenir joaillier ?
V.P. : Une broche avec un hibou de chez Van Cleef & Arpels qui appartenait à ma grand-mère.

Le meilleur ?
V.P. : Des puces d’oreilles avec petits diamants de chez Tiffany que je me suis offertes avec mes premiers cachets chez Vogue. La fameuse boîte bleue à ruban blanc …

Vos conseils pour choisir des bijoux ?
V.P. : Les porter ! ça peut paraître bête mais ça change tout. Il faut s’approprier le bijou. Les femmes ont tendance à choisir par coup de cœur alors que des couleurs d’ors ou de pierres ne se révèlent qu’une fois sur la peau.

Les matières que vous préférez travailler ?
V.P. : Le vermeil et la filigrane pour son aspect dentelle très aérien.

Qui est Charlotte ?
V.P. : Une jolie jeune fille blonde aux boucles d’or… Ma fille.

Dear Charlotte Showroom – 28, rue Boissy d’Anglas – 75008 Paris
(ouvert au public les mercredis et les vendredis de 14h30 à 19h)
www.dearcharlotteshop.com