Facettes, Tendances

Gemmyo : Internet est-il l’avenir de la joaillerie ?

« Internet et la joaillerie sont clairement en contradiction à beaucoup de niveaux. » Le constat peut étonner quand on sait qu’il émane de Pauline Laigneau, l’une des fondatrices de Gemmyo, marque de joaillerie française lancée en 2011, vendue uniquement sur Internet et décrite par sa créatrice comme « une marque avec un excellent savoir-faire joaillier doublé d’une volonté de tendre en permanence vers l’innovation, la modernité, la jeunesse et la fraîcheur pour rénover le secteur de la joaillerie qui est magnifique mais plutôt ancré dans le passé.»  Une marque qui emploie aujourd’hui 21 personnes, annonçait une croissance supérieure à 100% pour 2015 et un chiffre d’affaires de 3 millions d’euros pour 2014.

Photographie d’ouverture : bague Very Stoned Bride

MadMarguerite-GemmyoBague Mad Marguerite

Donc si Internet et la joaillerie sont en contradiction selon Pauline Laigneau, ils ne semblent pas incompatibles pour autant ; le défi est évidemment de savoir tirer avantage du digital. « Internet est un formidable outil de diffusion et offre la possibilité de créer une communauté autour de la marque en échangeant avec nos clients, qui peuvent commander à n’importe quelle heure et comparer nos prix par rapport à ceux de la concurrence », explique ainsi la jeune femme qui a imaginé Gemmyo avec son fiancé (devenu depuis son époux) suite à des recherches infructueuses menées place Vendôme pour trouver sa bague de fiançailles.
Car c’est en grande partie sur ses prix que Gemmyo souhaite se distinguer de la concurrence. Comment ? En ayant très peu de stock : les bijoux sont réalisés à la commande des clients qui ont le choix entre quinze pierres et six métaux. « On donne les rênes au client qui va devenir co-créateur de la bague » assure Pauline Laigneau. Et c’est un jeu d’enfant : sur le site internet de la marque, il suffit alors de choisir la bague, le bracelet ou les boucles d’oreilles désirés et de les personnaliser à l’envi ; argent, ors jaune, rose, blanc ou noir, et même platine pour certains modèles ; diamants, tourmalines, citrines, rubis, topazes, saphirs… Les possibilités évoluent en fonction du budget du client qui voit directement sur son écran la simulation de son bijou rêvé. « C’est intéressant pour lui d’avoir cette personnalisation sans payer le prix de l’exception », constate la fondatrice de Gemmyo. En effet, si les grandes Maisons proposent elles aussi la personnalisation de quelques-uns de leurs modèles, ce service a un certain coût qui commence généralement autour de 2 000 euros (et peut vite grimper selon les envies joaillières), soit le double de chez Gemmyo où l’on déclare un panier moyen aux environs de 1 000 euros, personnalisation comprise.

WildBride-GEMMYOBague Wild Bride

Gemmyo aurait-il trouvé la formule magique pour offrir du demi-mesure à un prix juste ? « Le digital, c’est un état d’esprit, poursuit Pauline Laigneau. C’est la rapidité, l’agilité, la modernité à tous les niveaux, comme par exemple l’actualisation des prix en temps réel par rapport aux hausses des pierres et des métaux. C’est parce que nous sommes une marque digitale que nous pouvons faire ça. » Car là est bien la chance et le risque d’être une marque créée et vendue sur Internet : dans un univers virtuel où les secondes sont des heures, les entreprises qui se distinguent sont celles qui se réinventent constamment sans perdre leur identité, qui anticipent les envies de leurs clients sans les effrayer, les sollicitent sans les harceler ; des entreprises qui n’ont pas peur d’innover surtout. Un grand nombre de défis à relever au quotidien, sans parler de la difficulté à créer du rêve et donc de l’envie (et donc de l’achat) à partir de photos, ainsi que des contraintes qu’impose la toile : les prix visibles, les mauvais commentaires postés sur les réseaux sociaux et le fait que « les consommateurs sont beaucoup plus exigeants sur Internet car il y a une espèce de crainte de l’arnaque qui fait que l’on n’a pas le droit à l’erreur », rappelle Pauline Laigneau.

StonedBride-GemmyoBague Stoned Bride en or jaune et citrines

Pour surmonter ces difficultés, Gemmyo a compris que le réel était nécessaire, même pour une marque digitale : comme d’autres griffes nées sur Internet (Sézane, Maison Labiche…), le jeune joaillier a ouvert un showroom en juin dernier dans le 6ème arrondissement de Paris. « Beaucoup de clients nous disaient que nos pièces étaient plus belles en vrai, d’autres n’arrivaient pas à sauter le pas d’acheter un bijou sur Internet. C’est donc important pour nous de retrouver au showroom la proximité qu’on essaie d’incarner à tous les niveaux dans la marque », constate la fondatrice qui semble satisfaite : le showroom ne désemplit pas, on y vient pour essayer les bijoux, voir les différentes possibilités de pierres et de métaux mais on ne repart pas pour autant avec le joyau désiré car il faut passer commande sur le site de la marque après la visite au showroom. « Je pense qu’il faut voir le digital et le monde physique comme deux univers qui se complètent et sont liés, analyse Pauline Laigneau. Je pense qu’il faut jouer sur les deux : maintenant, les consommateurs vont sur Internet pour regarder, ensuite ils vont dans la boutique, ensuite repassent commande sur les sites… » Une vision moderne de la joaillerie qui semble de plus en plus intéresser les grands noms du secteur. « Au démarrage de Gemmyo, nous étions inexistants pour les grandes Maisons, mais aujourd’hui ça a changé : nous sommes en relation avec beaucoup de grandes marques joaillières qui sont très intéressées par ce que l’on fait. Je pense qu’à travers nous, elles analysent deux choses : la transition démographique dans les pays occidentaux et les nouvelles générations qui ont un comportement d’achat différent et ne se reconnaissent pas forcément dans ces grandes marques, ainsi que le digital qui est une vraie problématique pour ces Maisons car elles voient que c’est indispensable mais en même temps compliqué pour elles de s’y mettre. Il y a un vrai dialogue qui s’installe entre elles et nous, elles nous regardent avec intérêt. » Déjà le signe d’un joli succès pour Gemmyo.

Gemmyo, www.gemmyo.com, 01 42 46 90 89
Showroom (prendre rendez-vous sur le site) :
21, rue de Seine  75006 Paris
du Mardi au Samedi 11h15 – 13h30  // 14h30 – 19h30