Coups d'éclat, Facettes

Cécile Pic, dame de cœur

Cécile Pic vit à Biarritz, face à un océan en mouvement perpétuel, face à un horizon infini. Cécile Pic vit à Biarritz et crée des bijoux qui ressemblent à l’Atlantique : aussi changeants que les vagues, bouillonnants de force et de délicatesse, ils ne ressemblent qu’à eux-mêmes. Affranchis de toute tendance, ils sont libres en somme. Entretien avec la créatrice.

Photographies d’ouverture : © Frantz Boris

Comment est née votre envie de dessiner des bijoux ?
Cécile Pic : L’envie de créer tout d’abord. Le bijou s’est imposé assez naturellement. Il est magnétique. C’est un objet chargé d’affect et de symbolisme. Ce sont des lignes, des couleurs, des matières qui peuvent se décliner à l’infini. Et puis la technique au départ n’est pas le plus important, la créativité seule permet de créer ses premiers bijoux.

Quel est votre parcours ?
C.P. : J’ai choisi des études de kinésithérapie après mon bac. Un métier passionnant mais que j’ai fini par abandonner, malgré les doutes. Je savais que ce n’était pas ce qui me rendrait heureuse. J’ai alors repris des études de commerce la journée et des cours du soir aux Beaux Arts. Puis j’ai choisi de vivre à Barcelone comme on choisit un plan de carrière. C’est une ville incroyable, débordante de créativité. C’est là-bas que j’ai créé mes premières lignes. Je suis ensuite partie à Paris travailler en tant qu’assistante pour un créateur. Outre les techniques, j’y ai acquis la certitude que le bijou serait l’objet de mon travail, de mes réflexions et inspirations.

Collier-Talisman-CecilePicColliers « Le Talisman » doré à l’or fin et cabochon de quartz, turquoise et labradorite.
© Frantz Boris

« Le bijou est chargé d’affect et de symbolisme. »

Quand avez-vous lancé votre marque ?
C.P. : J’ai eu l’occasion de faire une collection pour Comptoir des Cotonniers. A ce moment-là, la confiance que l’on m’avait accordée m’a encouragée à lancer ma propre histoire. Les trois premières années, j’ai travaillé à mi-temps dans une boutique, ce qui m’a permis de mettre en place ma marque et de pouvoir en vivre aujourd’hui.

Comment travaillez-vous ?
C.P. : J’ai toujours eu mon atelier à la maison. Je travaille seule et j’adore ça. Le matin je m’occupe des mails, des envois et de la marque en général. L’après-midi je produis. Je m’occupe des commandes en priorité et dès que j’ai un peu de temps, je crée de nouveaux modèles. Mais c’est de plus en plus difficile de trouver du temps.

Atelier-CecilePicL’atelier de Cécile Pic, à Biarritz.

Dessinez-vous et réalisez-vous tous les bijoux, vous-même  ?
C.P. : Je ne dessine pas et je réalise tous les bijoux à l’atelier.

Quels sont les métaux et pierres que vous aimez travailler ?
C.P. : J’adore travailler le métal. C’est une matière brute et tellement sensuelle. On pourrait le comparer à un diamant brut. Mon alliage fétiche est le laiton. Je peux le laisser juste poli ou le faire plaquer en or pour le rendre plus précieux. Pour les pierres, c’est en fonction de ce que je trouve et de mes coups de cœur. Mes pierres fétiches restent l’opale et la labradorite.

D’où proviennent vos matières premières ?
C.P. : Je trouve mes matières premières à Paris. Et je choisis du métal qui vient d’Allemagne et des pierres qui viennent d’Asie en général.

Pour qui créez-vous ?
C.P. : J’aime penser que je crée pour tout le monde, il suffit d’être sensible à mon univers. J’ai des clientes de douze ans et même une cliente de quatre-vingt cinq ans qui m’achète énormément de pièces ! J’ai même des hommes aimant mon travail qui me commandent des pièces masculines.

Qui vous inspire ?
C.P. : Quoi plutôt que qui ! Je suis très attirée par les bijoux antiques et les bijoux ethniques. On voit vraiment la main de l’homme sur ces bijoux toujours assez bruts. Ils avaient des pouvoirs prophylactiques, permettaient d’invoquer la puissance, la force, d’afficher son statut social ou ses croyances religieuses. Tout ceci est très inspirant. Et la joaillerie m’inspire également, je l’admire.

Bagues-Cecile-Pic
Bagues « Pyramide »en plaqué or ou argent et turquoise, lapis-lazuli ou opale. © Frantz Boris

Vos créations sont tantôt extrêmement épurées comme les joncs Maia (ici), tantôt richement décorées comme la bague Filigrane (ici) : que racontent ces différents chapitres et styles de votre histoire ?
C.P. : Pour moi il n’y a pas vraiment de chapitres, c’est tout ce que j’ai toujours aimé, cet artisanat inspiré de bijoux anciens.

Quel bilan pour votre marque tirez-vous à ce jour ?
C.P. : Le bilan est très positif puisque je me sens libre, je fais ce que j’aime, les gens m’encouragent à continuer et j’ai pu m’installer dans une ville ou je me sens en vacances toute l’année.

Quels sont les compromis à faire au quotidien pour pouvoir vivre de sa passion ?
C.P. : La production et l’entrepreneuriat sont des défis, mais c’est aussi enrichissant et excitant. Le vrai compromis est de ne pas pouvoir créer autant que l’on voudrait, faute de temps.

Où vos créations sont-elles distribuées ? Comptez-vous ouvrir une boutique en propre ?
C.P. : Je distribue sur mon propre site, sur d’autres sites marchands et dans différentes boutiques en France et en Suisse. Je viens également d’aménager un showroom dans mon atelier à Biarritz où je reçois sur rendez-vous.

Vous avez donc un e-shop sur votre site web : Internet est-il une composante indispensable pour tout créateur ?
C.P. : Ça a été un peu long à démarrer, mais aujourd’hui le travail paie. Il faut le faire vivre en permanence, c’est-à-dire communiquer et proposer de nouveaux produits. Internet propose de merveilleux outils pour ça. J’ai une vraie interaction avec mes clientes et c’est en ça que je trouve le site indispensable. Et c’est un circuit très court : j’achète les matériaux, je produis dans mon atelier et je les vends sur l’e-shop. C’est très satisfaisant.

Comment faites-vous connaître votre marque ?
C.P. : Via Instagram, mais également grâce à mon site et les photos de Frantz Boris. Mais les clientes portant mes créations restent ma meilleure publicité.

Cecil-Pic-Portrait
La créatrice Cécile Pic.

Vous habitez à Biarritz : ne vous sentez-vous pas parfois exclue de « l’univers créatif » parisien ?
C.P. : Exclue, je ne le ressens pas comme ça puisque je n’ai jamais vraiment eu envie d’en faire partie. Cependant, Paris est une ville que j’aime beaucoup. Mes premières expériences professionnelles fortes, je les ai vécues là-bas. J’imagine que cette ville m’a beaucoup influencée.

En quoi vivre en dehors de cet univers-là enrichit-il justement vos créations ?
C.P. :  Je ne sais pas trop… La côte basque dégage une énergie complètement différente. Les gens y sont plus cool et les références et préoccupations ne sont pas exactement les mêmes. Un air d’« easy life » souffle ici et j’adore ça. Un style de vie influencé par le surf, la nature mais aussi par une culture basque préservée et très présente. C’est très inspirant et enrichissant.

Comment vous définissez-vous : créatrice, joaillière, artisan ?
C.P. : Je me sens artisan et j’aimerai continuer à apprendre ce métier tout au long de ma vie.

Quelles fonctions donnez-vous à vos bijoux ?
C.P. : J’imagine que cela peut être un lien avec une autre personne, un porte-bonheur, un moyen de se sentir belle, un objet que l’on trouve beau, un souvenir.

Quels sont vos espoirs et vos projets pour votre marque ?
C.P. : Continuer d’apprendre et faire ce que j’aime.

 Cecile-Pic-bagues-porteesBague « Gengis Khan » en plaqué or et labradorite. © Frantz Boris

Quels bijoux portez-vous au quotidien ?
C.P. : Un petit diamant monté en ras de cou offert par mes parents. Une bague en argent que l’on m’a offerte pour mes vingt ans. Trois joncs d’un temple bouddhiste en poudre d’or et caoutchouc que je n’enlève jamais. Et des puces d’oreille en opale qui sont de moi.

Où les rangez-vous ?
C.P. : Dans une boite à bijoux Art Déco chinée.

Quel est votre premier souvenir joaillier ?
C.P. : Les bijoux de ma maman et surtout une bague Tank en platine, or jaune et or rose sertie de diamants taille ancienne. C’est peut-être pour cela que j’ai toujours adoré le style Art Déco.

Et le meilleur ?
C.P. : Les documents d’archives et dessins des plus grandes Maisons de joaillerie au musée des Arts Décoratifs de Paris.

Si vous étiez un bijou célèbre ?
C.P. : Le collier de la reine !

Cécile Pic, www.shop.cecilepic.com