Tendances

Derrière les portes de la place Vendôme

Qui sont les client(e)s de la haute joaillerie ? Difficile d’avoir une réponse claire lorsque l’on pose cette question place Vendôme. Car si la discrétion n’est pas vraiment une caractéristique des joyaux plébiscités par ces clients mystères, elle est une valeur que ces derniers attendent de la part de ceux qui les parent… Tout juste arrive-t-on alors à connaître leurs pays d’origine (États-Unis, Kazakhstan, Inde, Chine notamment) et à savoir qu’ils seraient également friands de haute couture. Alors, pour simplifier la vie de ces milliardaires amateurs de belles choses, quelques unes des grandes Maisons présentent désormais durant la « Couture week » parisienne en janvier et juillet, de nouvelles pièces de haute joaillerie.

La semaine dernière, Chopard, De Beers, Boucheron, Chanel et Dior entre autres dévoilaient donc à leurs (grands) clients et à la presse, les dernières pièces sorties de leurs ateliers. Entre parures 100% diamant et méli-mélo de pierres ultra colorées, l’offre joaillière oscille entre valeurs sûres et audaces artistiques.

Photographie d’ouverture : La présentation De Beers, dans les salons de la Maison, rue de la Paix à Paris, le 28 janvier 2016.© MiseAuJour

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Réalisé au début des années 2000 par De Beers, le collier Mosaic est composé de deux parties détachables, à porter ensemble ou séparément. Il cherche encore sa future propriétaire… © MiseAuJour

Chez De Beers, on aime la sobriété chromatique et le calme souverain du diamant ; rien d’étonnant pour une société qui a été fondée en 1888 pour exploiter des mines de diamants, avant de devenir également joaillière en 2001. Dans ses salons privés de la rue de la Paix, le joaillier-diamantaire britannique avait donc choisi de mettre en lumière, aux côtés de pièces inédites, certaines créations maison récemment portées par des célébrités. Un choix facile mais approprié alors que débute la saison des récompenses du cinéma. Sous les portraits de stars endiamantées par De Beers (Cate Blanchett, Emily Blunt, Rosamund Pike…), on apprend alors que la Maison est l’une des rares à ne pas rémunérer les people pour qu’ils portent ses parures sur les red carpet (fait assez rare pour être souligné) ; que Kate Winslet, contrairement à la quasi majorité de ses collègues comédiennes, n’a pas de styliste attitré et choisi donc elle-même ce qu’elle porte (du De Beers notamment), et on retient surtout qu’être apprécié par une star peut être très vendeur : l’année dernière, la chanteuse Adele portait pour l’une de ses apparitions télé, une bague ornée d’un diamant jaune De Beers ; le lendemain, une cliente appelait l’une des boutiques de la marque pour acheter la bague « vue sur Adele »…

Photographies © MiseAuJour

Chez Chanel aussi, le diamant est roi, et ce, depuis la toute première collection haute joaillerie présentée par Coco elle-même en 1932. La star des pierres illumine donc la nouvelle ligne « Signature » et ses 48 pièces, réparties en huit familles : la « Cocoon » et ses bijoux en cristal de roche sculpté, la « Signature Ultime » et ses motifs géométriques mais profondément gracieux, la « Signature Duo » et ses ravissantes bagues Toi et Moi… Toute la grammaire Chanel est là : le matelassé (utilisé ici par Chanel pour la première fois en haute joaillerie), les perles, les lignes géométriques…

Une collection élégante, dont la dominance ivoire est parfois chahutée par une marqueterie de nacre ou des touches de saphir dont les quelques apparitions bleutées sont impeccables, comme sur ce bracelet aussi souple que richement serti de 265 saphirs et 221 diamants. Gabrielle Chanel qui aimait porter les manchettes par deux, aurait été la plus heureuse des femmes devant celles de la collection, particulièrement réussies comme la « Signature Cocoon » en cristal de roche sculpté et diamants, ou la « Signature d’Or » dont les 1054 diamants émettent, suivant les mouvements du bras, un son effrontément léger pour une pièce dont le prix affiche 6 chiffres au compteur…

Chez Dior et Chopard en revanche, l’heure n’est pas à la monochromie : arc-en-ciel de gemmes, crumble de pierres juteuses… les métaphores sont joyeuses et alléchantes pour décrire les dernières créations de Victoire de Castellane pour Dior et Caroline Scheufele pour Chopard. D’un bout à l’autre de la place Vendôme, leur joaillerie ultra féminine et pimpante se fait alors écho et compose une partition totalement différente (voire opposée) de celle jouée par Chanel et De Beers ; plus festive, moins classique aussi.

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Bague « Fleurs d’opales » ornée d’une opale noire de 9 carats, de diamants, saphirs roses, spinelles et grenats Demantoïdes, Chopard

Chez Chopard, on décline le thème du jardin en huit pièces généreuses et gourmandes. Et, si le mariage de nombreuses pierres peut parfois rendre la lecture un peu confuse (comme sur cette pièce hybride composée de plusieurs éléments à porter ensemble en un seul bracelet, ou séparément pour avoir un bracelet, des boucles d’oreilles et une broche), la Maison excelle dans le choix et la mise en valeur de gemmes d’exception : une tanzanite d’un bleu profond aux dimensions de rêve (55 carats !), deux sublimes opales ornées de pétales de saphirs, de spinelles, de diamants… La Maison avait réalisé pour l’occasion trois nouvelles compositions de sa ligne « Fleurs d’opales », mais seules deux auront été présentées, la troisième ayant déjà été vendue avant même que les journalistes aient pu poser leurs yeux dessus.

Photographies ©MiseAuJour

Chez Dior, les couleurs sont tout aussi vibrantes, presque fluo : les bagues, les boucles d’oreilles, les bracelets ressemblent à des dessins d’enfants où les aplats de couleurs se mélangent et s’harmonisent comme par magie ; la magicienne se nomme Victoire de Castellane. Cette fois encore, la créatrice bouleverse les codes de la joaillerie et réussit à marier les pierres et leurs teintes ahurissantes sans que la beauté de l’une n’annule celle de l’autre. Une belle métaphore du ballet créatif de la place Vendôme…

Photographies © Dior

Chez Boucheron enfin, le show est assuré par un bestiaire rugissant alors que le joaillier dévoile de nouveaux compagnons à ses « Animaux de collection » : des bracelets-cygne black & white en saphirs noirs et diamants, un trio de bagues ornées de deux aigles agrippant un cabochon de rubellite, tanzanite ou tourmaline ; une manchette-hérisson aux pointes d’or, qui promet d’apporter à l’allure sa juste dose de piquant.

 Photographies © Boucheron