Coups d'éclat

Dior ne perd pas le Nord

On l’aime Victoire de Castellane. On l’aime depuis son arrivée chez Dior Joaillerie en 1998, et toujours un peu plus à chaque nouvelle collection ; on l’aime pour sa capacité à travailler des pierres ultra précieuses avec la plus grande fantaisie qu’il soit ; on l’aime pour sa facilité à réinterpréter en parures modernes et gaies, les (presque) 70 ans d’histoire de la Maison pour laquelle elle travaille ; on l’aime pour ses bagues grosses comme le poing, ses bijoux de caractère inspirés par des femmes fortes, ses mélanges audacieux de couleurs et de formes, de métaux et de pierres… En bref, on l’aime pour sa joaillerie joyeuse, précieuse, sulfureuse, étonnamment culottée pour une marque de l’envergure de Dior.
Il faut dire que Victoire de Castellane n’a pas peur des bijoux : elle les côtoie depuis son enfance durant laquelle elle admirait les bagues aux doigts de sa grand-mère, Sylvia Hennessy ; alors, depuis le temps qu’elle les fréquente, les pierres sont ses amies, elle les respecte mais joue avec, s’amuse de leurs différences de corps, de brillances, de teintes. En 2012, à la sortie de sa collection Dear Dior, elle me confiait adorer « jouer avec les couleurs » des pierres et que pour elle, ces dernières ont « du goût »

Chez Dior, Victoire de Castellane semble frapper fort et juste à chaque coup : lorsqu’elle imagine une bague de fiançailles, c’est un fil d’or qui dessine un « oui » sur le doigt, simple mais évident ; quand elle fait écho au jardin chéri de Christian Dior, ce sont des bagues-fleurs aux pétales laqués de fluo, ou un collier qui fait éclore autour du cou un jardin de diamants, de saphirs, de tourmalines et de grenats ; quand elle convoque la rose, fleur fétiche du couturier-fondateur du 30, avenue Montaigne, elle en fait des créations ahurissantes de beauté : des bouquets d’opales et d’émeraudes sur des tiges de diamants, des corolles de chrysoprases, de grenats, de saphirs, de spinelles…

« Les bijoux sont des trésors avec lesquels on peut partir. » Victoire de Castellane

Alors, pour ceux qui aiment les créations hautes en couleurs et aux volumes démesurés de Victoire de Castellane, son nouvel exercice de style pour Dior a pu surprendre : pour la collection Rose des Vents (sortie initialement en mai 2015 et enrichie en novembre dernier de nouvelles déclinaisons), la créatrice a pris l’exact contre-pied de tout ce que l’on connaît d’elle : ici, pas de bagues XXL mais de fins bracelets et colliers ornés d’un médaillon de 12mm ; ici, pas de chocs chromatiques mais une sélection réduite de pierres dures : onyx, turquoise, nacre, lapis lazuli… ; pas d’extravagances stylistiques mais un motif simple au cœur de la médaille : une rose des vents en or, ornée d’un diamant central.

Un motif inspiré de l’histoire personnelle de Christian Dior : un écho à la rose des vents dessinée au sol de sa maison d’enfance ainsi qu’à l’étoile en fonte qu’il trouva un jour sur un trottoir parisien et interpréta comme un signe du destin pour ouvrir sa maison de couture (Dior était un grand superstitieux!).

Rose des Vents c’est alors une partie de l’histoire Dior réinterprétée par l’esprit facétieux de Victoire de Castellane ; c’est un nouveau voyage que la directrice artistique mène dans l’univers de la sobriété, de la simplicité (un monde qu’elle avait déjà exploré pour ses collection Oui et My Dior). Rose des Vents c’est aussi un moyen pour Dior de s’imposer dans le secteur des bijoux légers, faciles à porter au quotidien, relativement accessibles (tout relativement car le bracelet le plus « simple » de la collection coûte tout de même 1350 euros) : comme les Amulettes de Cartier, comme la collection Alhambra de Van Cleef & Arpels, best-seller de la marque jusqu’alors jamais égalé. Mais jusqu’à quand ?

Photographie d’ouverture : © Sean & Seng
Photographies savoir-faire : © Pol Baril