Icônes

Zip Zip Zip Hourra !

Il fallait oser : vouloir révéler ce qui devrait être caché, détourner le concept de la fermeture éclair (à trois-francs-six-sous) pour en faire une création de haute joaillerie (à-plusieurs-centaines-de-milliers-d’euros). Quitter le monde du rationnel pour entrer dans celui du surréalisme et penser la fermeture à l’envers ; voilà le pari de Van Cleef & Arpels, auteur de l’une des inventions joaillières les plus incroyables du XXème siècle : le collier Zip. La fermeture éclair a été initialement conçue pour se faire oublier dans les tissus qu’elle maintient ? Qu’importe ! Chez Van Cleef & Arpels, elle tient au contraire le premier rôle d’une histoire précieuse. Elle devrait garder ses dents bien serrées ? Eh bien non. Pensée en collier, elle doit au contraire les ouvrir pour laisser passer le cou de la belle à parer. Elle ne serait que métal et tissu ? Même pas en rêve : Van Cleef & Arpels la fait de platine et de diamants, d’or et de rubis, de saphirs, d’émeraudes… A l’origine de l’insolente créativité du Zip ? Wallis Simpson, Duchesse de Windsor. Celle qui serait à l’origine de l’abdication du roi d’Angleterre Edouard VIII (mais rien n’est moins sûr : lisez plutôt), celle qui suggéra également à Van Cleef & Arpels le concept de la montre Cadenas. Dans le cercle proche de la Duchesse, on trouve alors entre beaucoup d’autres, les peintres surréalistes Salvador Dali et René Magritte, la créatrice Elsa Schiaparelli – qui, tiens tiens tiens, fut la première couturière à utiliser la fermeture éclair sur ses robes. « C’est dans cette mouvance que l’idée du collier Zip est apparue », analyse Catherine Cariou, Directrice du Patrimoine de Van Cleef & Arpels.

En 1938 la Duchesse bien inspirée souffle donc à Renée Puissant, fille d’Estelle Arpels et Alfred Van Cleef et alors directrice artistique de la Maison, qu’elle se verrait bien voir passer une fermeture éclair autour du cou. Aussitôt dit, aussitôt fait. Enfin presque, car la tâche n’est pas aisée pour faire des rêves de Wallis Simpson, une réalité. Objectif pour Van Cleef & Arpels : trouver un atelier capable de réaliser cette prouesse technique, ce collier qui fonctionne comme une véritable fermeture, qui s’ouvre et se ferme à l’aide d’un pompon en métal précieux.

En 1950, Zip Zip Zip Hourra ! c’est l’atelier Pery qui parvient à réaliser le tout premier collier Zip de l’histoire ; le brevet est déposé par Van Cleef & Arpels. En or jaune et diamants, il pousse même jusqu’au bout son extraordinaire inventivité en étant transformable en bracelet. Son mode d’emploi ? Une fois ouverte, la fermeture éclair se porte en ras-du-cou ; fermée, elle devient bracelet. « Le Zip est un bijou vraiment multifonctionnel qui symbolise les bijoux métamorphose, versatiles, explique Catherine Cariou. Ceux-ci sont d’ailleurs l’une des signatures de la maison depuis les années 1920, au même titre que le serti mystérieux et la minaudière ».

Du début des années 1950 à la fin des années 60, le Zip connaît son âge d’or. En version orientale ou tutti frutti, décliné en motifs d’oreilles ou en bague, il inspire plus de 200 créations en près de vingt ans. Celles qui craquent pour lui ? Des argentines, des brésiliennes, des grecques ou des françaises. Son aura est internationale ; sa force de caractère sans égal. « Les clientes sont très attachées à leur collier Zip, c’est vraiment une histoire d’amour entre elles et le bijou, confie Catherine Cariou. Elles ne veulent pas les sortir. Depuis 15 ans que je suis dans la Maison, j’ai dû en voir 5 et j’ai réussi à en acheter seulement 3 pour notre collection privée. » On ferait pareil non ? Comment ne pas vouloir garder pour soi ce trésor d’inventivité ?

Aujourd’hui encore, le Zip continue d’être réinterprété à chaque nouvelle collection pensée par la Maison. Le dernier en date : le collier Conte de Fée en or rose, diamants, saphirs et rubis, qui vient d’être dévoilé à Milan, dans la nouvelle boutique de la marque, Via Monte Napoleone.

1938 : la duchesse de Windsor suggère à Renée Puissant, alors directrice artistique de Van Cleef & Arpels, d’imaginer un collier reprenant l’idée et le dessin de la fermeture éclair.
1950 : le brevet du Zip est déposé, après douze années de recherches et d’essais en ateliers. Le premier Zip réalisé par Van Cleef & Arpels ne sera pourtant pas destiné à la Duchesse de Windsor qui aura changé d’avis entre temps (lasse d’attendre ?).
200 colliers ZIP ont été réalisés par Van Cleef & Arpels entre 1950 et la fin des années 60. Parmi eux, 3 seulement ont été achetés par le joaillier pour sa collection privée, les autres étant farouchement gardés par leurs propriétaires.
400 000 euros environ: la somme déboursée par Van Cleef & Arpels aux enchères pour acquérir l’un des trois colliers Zip de sa collection privée. Ce qui, selon Catherine Cariou, Directrice du Patrimoine de la maison est « hors de prix, car il n’y a pas un énorme poids de pierres. Mais le Zip une icône »